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La marée noire à Oman hors de contrôle ne cesse de s'aggraver
information fournie par Reuters 12/08/2026 à 17:25
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(Actualisé avec détails)

par Jonathan Saul et Catherine Cartier

La marée noire au large d'Oman est en passe de devenir l'une des pires au monde depuis des années, après s'être propagée presque sans contrôle pendant des semaines, selon des agences internationales, des images satellite et des associations environnementales.

Le pétrole, déversé par le Caroline Bezengi, un navire chargé de brut russe et échoué au large d'Oman, semble avoir atteint les côtes du pays, a déclaré mercredi l'Organisation maritime internationale (OMI).

La nappe couvre désormais une superficie de plus de 2.000 kilomètres carrés, a déclaré John Amos, spécialiste des marées noires, qui a examiné les images satellites obtenues par Reuters.

Le Caroline Bezengi, qui transportait environ 800.000 barils de pétrole russe et fait l’objet de sanctions internationales, s'est échoué le 30 juin sur une île omanaise faisant partie d'une réserve naturelle marine en mer d'Arabie.

Le navire avait signalé pour la première fois des difficultés au large du Yémen le 8 juin. Selon des sources maritimes, une explosion semble s’être produite à bord du Caroline Bezengi.

Personne n'a revendiqué d'attaque contre le navire mais il a traversé deux zones de conflit lors de son voyage entre la Russie et l'Inde.

Il a quitté en avril le port de Novorossiisk, sur la mer Noire, un point chaud de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Cette dernière a mené des attaques contre la dite "flotte fantôme" transportant du pétrole russe, dont fait partie le Caroline Bezengi.

Le bateau a ensuite traversé le canal de Suez fin mai, comme le montrent les données de suivi des navires, avant de passer au large du Yémen, où les militants houthis, proches de l’Iran, sont entrés dans le conflit opposant les États-Unis et Israël à l'Iran.

POSSIBLE CATASTROPHE À LA EXXON VALDEZ

Un enchevêtrement de règles complexes, à la fois liées à la guerre et aux sanctions et régissant le transport maritime et les marées noires, entrave les efforts d’intervention et pourrait encore faire obstacle à la prévention d’une catastrophe imminente, selon les assureurs et les analystes.

Les Fonds internationaux d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (FIPOL), organismes intergouvernementaux, ont déclaré à Reuters qu'ils ne participeraient pas aux frais de nettoyage, car l'incident était considéré comme un "acte de guerre" plutôt que comme un accident.

Ce pétrolier, vieux de 25 ans, n’est par ailleurs couvert par aucun assureur occidental reconnu.

"Le scénario catastrophe serait qu'il n'y ait pas de réponse adéquate pour empêcher le pire de se produire", déclaré John Amos, également directeur général de SkyTruth, une organisation à but non lucratif visant à renforcer la protection de l'environnement grâce à l’utilisation d’images satellite.

Dans ce cas précis, le navire "continuerait à se briser sous l’assaut incessant du vent et des vagues et à perdre la totalité de sa cargaison, ce qui pourrait entraîner un déversement de 40 à 50 millions de gallons (151 à 189 millions de litres)", a-t-il ajouté.

D'après John Amos, cette marée noire rivaliserait alors, par son ampleur, avec celle de l’Exxon Valdez en 1989.

UNE NAPPE QUI S'ÉTEND RAPIDEMENT

"Le pétrole dérive au large au nord-est de l'île (omanaise) d'Al Qibliyyah, et certains rapports indiquent qu'une partie atteindrait le continent. Le système pour contenir le pétrole déversé est en place", a déclaré un porte-parole de l’OMI.

Les images satellite montrent que le pétrolier s'est échoué sur l'île d'Al Qibliyyah, qui fait partie d'une réserve naturelle comprenant les îles Hallaniyat, mettant en danger la faune sauvage, notamment des tortues menacées d'extinction, des baleines à bosse et des récifs coralliens.

Oman a indiqué lundi que la nappe de pétrole couvrait près de 400 kilomètres carrés. Le pays n'a pas répondu aux demandes de Reuters visant à obtenir plus de détails ou des commentaires sur les efforts d'endiguement mais a précisé avoir utilisé des barrages flottants pour tenter d’enrayer la propagation.

Les agences environnementales et les spécialistes des marées noires estiment que la nappe pourrait être plusieurs fois plus étendue et affirment que sa propagation s'est considérablement accélérée depuis le début du mois d’août.

Greenpeace a signalé mardi une propagation accélérée.

"La zone touchée est passée d’environ 45 km2 fin juillet à 150 km2 début août. Puis, en l'espace de deux jours, elle a quadruplé pour atteindre 600 km2 vers le 4 ou le 5 août", a déclaré Hanen Keskes, responsable des campagnes politiques pour Greenpeace au Moyen-Orient.

L'estimation de 2.000 km2 de John Amos signifie que la marée noire a été multipliée par plus de 40 depuis le début du mois d'août.

(Avec la contribution de Kate Abnett à Bruxelles et Dmitry Zhdanikov à Londres; Zhifan Liu et Benoit Van Overstraeten pour la version française, édité par Bertrand Boucey)

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